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"Wake Up Dead Man" : il était une foi.


Benoît Blanc est de retour. Le détective un poil excentrique incarné par Daniel Craig revient pour une troisième enquête, toujours écrite et réalisée par le talentueux Rian Johnson. Le cinéaste américain, prometteur salué sur son début de carrière, avait ensuite été mis au pilori par une partie du public qui n’avait pas apprécié son approche iconoclaste de Star Wars pour le huitième épisode, Les Derniers Jedi, en 2017. Son avenir au sein de Lucasfilm pour porter le futur de La Guerre des Étoiles ne s’est finalement pas concrétisé, et l’artiste a plus ou moins discrètement été mis de côté.


Qu’importe, Johnson se lance alors dans un autre projet qui n’a rien à voir avec une galaxie lointaine. En 2019 sort À Couteaux Tirés – Knives Out en VO – un polar qui s’inscrit dans le genre du whodunit. Nommé à l’Oscar du meilleur scénario, le cinéaste américain livre une analyse juste de l’Amérique contemporaine, sur fond d’une affaire palpitante, le tout porté par un casting d’exception. En 2022, il offre à son détective Benoît Blanc une seconde enquête haute en couleur, mais qui déçoit : Glass Onion. Malgré des qualités évidentes, un casting encore une fois impeccable, le scénario use et abuse d’effets narratifs alambiqués qui finissent par perdre et leur sens et le spectateur. La subtilité du premier volet semble aussi avoir laissé place à une critique au vitriol de notre société qui, bien que jouissive, se montre un peu trop lourde.


Un Daniel Craig fringant en Benoit Blanc
Un Daniel Craig fringant en Benoit Blanc

Un volet inaugural prometteur, un second déceptif, qu’allait donc nous réserver le créateur de la franchise pour le troisième épisode de sa franchise : Wake Up Dead Man ?


Les ingrédients sont les mêmes, une distribution 5 étoiles, un meurtre insoluble et un environnement bien défini. Johnson décide de poser sa caméra dans une petite bourgade américaine paisible, bien sous tous rapports mais qui dissimule pourtant de nombreux secrets. Encore une fois, l’homme se montre en observateur lucide des évolutions de notre monde et de ses dérives : religieuses, politiques et philosophiques. Mais il en profite aussi pour nous raconter une mise en abîme de l’industrie cinématographique et de sa propre carrière. Il retrouve la subtilité du premier volet avec sa galerie de personnages bien sous tous rapports mais dont les fêlures et les vices ne demandent qu’à se révéler.


Qui a fait le coup ?
Qui a fait le coup ?

L’intrigue démarre in medias res, et alternera avec de nombreux flashbacks et des points de vue différents pour nous relater tous les événements qui se sont déroulés. Johnson se fait un malin plaisir à jouer avec ce que sait ou croit savoir le spectateur. La vérité est en effet parfois incomplète, ou dissimulée, on doute alors. À l’image du personnage principal qui n’est pas, première surprise, Benoît Blanc, mais le père Jud Duplenticy. Josh O’Connor interprète une sorte de « hot priest » tout en finesse qui utilise la tolérance, le pardon et la compréhension comme arme en opposition à Monseigneur Jefferson Wicks, un prêtre ultra-conservateur véhément incarné par un Josh Brolin en grande forme. Mais bien que relégué au second plan, Daniel Craig s’en donne à cœur joie dans le rôle du détective extravagant qui profite d’ailleurs d’un relooking de qualité.


De prime abord, on pourrait croire que le film se rapproche plus du premier opus dans son ambiance et ses thématiques, même sa construction qui met Blanc en retrait par rapport à un protagoniste lié à l’intrigue, mais après réflexion, Wake Up Dead Man ressemble davantage à une synthèse de ses deux prédécesseurs. Bien que le whodunit semble être le cœur du récit, on comprend rapidement que le créateur de la franchise souhaite aller au-delà et, au contraire de Knives Out qui appliquait à la lettre les codes du genre, cette nouvelle enquête joue avec et les contorsionne. Le tour de force du long-métrage est ici de remettre en question les attentes du spectateur, jusqu’à une épiphanie finale vécue à la fois par Benoît Blanc et par le public. Il n’est alors plus possible d’ignorer que le polar n’est qu’un apparat utilisé par le metteur en scène pour porter différents messages.


L'antagonisme entre Wicks et Duplenticy, deux hommes d'Église est le fondement même du film
L'antagonisme entre Wicks et Duplenticy, deux hommes d'Église est le fondement même du film

Le village de Chimney Rock, où se passe l’action, devient alors une allégorie de l’Amérique trumpienne et de ses dérives réactionnaires, le décor de la paroisse de Notre-Dame de la Force Perpétuelle et son église baroque sert d’ailleurs à sublimer tout ce que le réalisateur veut nous dire au travers de sa mise en scène. Si on ne l’avait pas encore compris en regardant Star Wars VIII, Johnson n’aime pas les hommes providentiels, et nous met en garde contre le dogmatisme, mais il ne rejette pas l’importance d’avoir foi en quelque chose, ne pas être croyant n’empêche pas un peu de spiritualité. Le vrai propos du film se trouve d’ailleurs non pas dans la résolution d’une énigme ou une analyse politique, mais plus dans un message sur la croyance, le pardon et la repentance, c’est d’ailleurs peut-être ça son vrai twist.


En définitive, Wake Up Dead Man est une vraie réussite et s’impose comme le meilleur opus de la trilogie, après un premier épisode très solide et un deuxième plus bancal. Rian Johnson arrive ici à affiner son propos et à transcender le genre pour offrir un film finalement très personnel et en phase avec son époque. On ne sait pas encore si une quatrième investigation est au programme pour Benoît Blanc, mais c’est avec plaisir qu’on retrouverait le détective.




Wake Up Dead Man : A Knives Out Mystery – réalisé et écrit par Rian Johnson – musique composée par Nathan Johnson - Avec Daniel Craig (Benoit Blanc), Josh O'Connor (Père Jud Duplenticy), Josh Brolin ("monseigneur" Jefferson Wicks), Glenn Close (Martha Delacroix), Mila Kunis (Géraldine Scott, commissaire), Jeremy Renner (Nat Sharp, médecin), Kerry Washington (Vera Draven, avocate), Andrew Scott, (Lee Ross, auteur), Cailee Spaeny (Simone Viviane, violoncelliste), Daryl McCormack (Cy Draven, homme politique), Thomas Haden Church (Samson Holt, gardien), Jeffrey Wright (Langstrom, évêque), Annie Hamilton (Grace Wicks), James Faulkner (Père Prentice Wicks) et Noah Segan (Nikolai) – 140 minutes – tous publics – sortie le 12 décembre 2025


Toutes les images présentes dans cet article sont la propriété de Netflix.

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